Projet collectif : le secret

Je suis un candidat au baccalauréat éminemment solitaire … qui travaille avec les autres à sa manière.
Le travail en groupe – de groupe – a pour moi un côté exotique fascinant.
D’où le présent article surgit de mon écriture sur Van Gogh et son projet d’espace participatif pour artistes.
Anecdote : Van Gogh est néerlandais, l’inventeur de la sociocratie dont nous allons parler est … néerlandais.
Le camarade Lénine dit :

Les faits sont têtus.

Le fait qui m’interpelle à l’instant m’est donné par ChatGPT :

400 MILLIONS d’albums d’Astérix ont été vendus !!!

400 millions … pas besoin d’être grand expert pour conclure :

  1. Les Français se reconnaissent dans la dynamique chaotique du village gaulois.
  2. Les Pas-français reconnaissent les Français dans …
  3. Les Pas-français reconnaissent leur propre côté chaotique.

D’où … les Français les plus conscients sont allé chercher AILLEURS des méthodes pour limiter le chaos dans les projets.

La fécondation croisée

En Annexe 1, ce que dit Grégory Bateson de la fécondation croisée.
Ici …
La question du jour : « Comment avoir un projet collectif pour le bac efficace ? »
La réponse du jour : « Il est intéressant de féconder notre question à partir des pratiques et savoirs dans un autre champ : l’habitat participatif. »
La fécondation amont : « Les innovations dans le champ de l’habitat participatif ont été fécondées par l’innovation d’un ingénieur-entrepreneur, Gerard Endenburg. »

J’ai travaillé dans l’innovation, la futurologie.
Domaine où la fécondation croisée est fondamentale.
En 1981 – quand j’imagine l’Internet de 1996 – je dois CONSTRUIRE un modèle de quelque chose qui n’existe pas – voir le constructivisme.
Je retiens quelques idées des propositions de Bateson.
1. L’importance des métaphores
« L’équipe de projet est comme une équipe sportive. » c’est autre chose que « Le team est comme un commando. »
2. Fonctionner en silo, en auto-référence, est important si l’on ne veut surtout rien changer, rien innover, rien imaginer.
Dans le cas contraire, je dois sortir du bocal – tel le poisson nommé Nemo.
3. Dans sa théorie de l’apprentissage (Apprentissage I, II, III), Bateson montre que les transformations profondes surviennent lorsque les cadres de pensée eux-mêmes sont remis en question.
C’est ce qui m’est arrivé en 1998, lorsque j’ai imaginé un monde futur avec MOOC, avec Wikipédia, etc.
Ma fabrique d’idées ne pouvait pas se fonder sur les représentations du moment.
Ma fabrique des idées a été fécondée par Latour, Foucault et Sloterdijk.
4. Une connaissance intégrée encourage la prudence, l’humilité et la responsabilité écologique.
L’HUMILITÉ est une condition nécessaire.
1. J’ai une super machine à penser dont je suis fier
2. Pourtant, je veux aller plus loin – dans le temps en particulier
3. Seule une graine venant d’un ailleurs inquiétant – une autre discipline, une autre culture – pourra féconder ma machine.
Je dois être humble pour accueillir cette graine.
Il est remarquable que Bateson – né en 1904 – ait laissé sa machine à penser être fécondée par les graines de femmes brillantes telle Margaret Mead.

Cela me fait penser à ces personnes qui me disent :

Passer le bac à ton âge, tu pourrais faire tant de choses grandioses !

C’est sûr, mais passer le bac est une expérience unique parce que justement, elle est un lieu de fécondation croisée, c’est clairement indiqué dans le programme.
Le bac, c’est avant d’entrer dans le silo – dans le tunnel – d’un choix d’études supérieures.

L’aventure de Gerard Endenburg

À lire sur WikiPédia.

Le modèle de Diana Leafe Christian WikiPedia anglophone

En 2011, j’écoute une conférence faite par Diana à Lyon.
En bref.
9 projets d’habitat participatif sur 10 échouent.
Le projet qui réussi :
– a une vraie charte de valeurs béton – exemple ci-après.
– a le bon système de prise de décision – décision par consentement.
– fait appel à des tiers pour accompagner toutes les décisions importantes.

La prise de décision par consentement

Règle : Dans un projet, toute proposition est réputée bonne à être mise en oeuvre tant qu’il n’y a pas d’objection :
– informée (publications académiques qui montrent que l’objection est fondée, etc.)
– documentée = un document clair expose l’objection et ses arguments
– argumentée = une réunion est organisée avec les parties prenantes

N.B : Le principe en amont de la prise de décision par consentement est que ce n’est pas celui-celle qui a de l’imagination, de la créativité, etc. qui doit constituer un dossier justificatif.
Le principe est que l’objecteur doit constituer un « dossier d’objection ».

Extrêmement efficace pour mener un projet collectif !!!

Annexes

1_ La fertilisation croisée

C’est en particulier Yves Winkin, en 1981, qui fait découvrir le travail de Bateson aux Français.

Gregory Bateson utilise l’idée de « fécondation croisée » pour désigner l’échange productif d’idées, de méthodes et de métaphores entre différentes disciplines et différents niveaux d’analyse. Pour lui, les avancées intellectuelles et l’équilibre écologique dépendent de cette circulation des savoirs, plutôt que d’une pensée cloisonnée et hyperspécialisée.

Les points essentiels de sa position peuvent être résumés ainsi :

  1. La connaissance progresse par la reconnaissance de motifs communs
    Bateson soutient que les idées les plus fécondes émergent de l’identification de patterns that connect (« les formes qui relient ») entre la biologie, l’anthropologie, la psychologie, la cybernétique et l’écologie. La fécondation croisée rend visibles ces motifs récurrents — rétroaction, différence, récursivité, apprentissage.
  2. L’esprit est systémique et distribué
    Puisque Bateson définit l’esprit comme une propriété des systèmes (et non comme une entité confinée au cerveau individuel), aucune discipline isolée ne peut en rendre compte adéquatement. La fécondation croisée est donc une nécessité épistémologique.
  3. Le rôle central de la métaphore
    Bateson considère la métaphore comme un vecteur légitime de transfert entre les disciplines. Elle permet à des concepts issus d’un domaine (par exemple les boucles de rétroaction en cybernétique) d’éclairer un autre (comme la thérapie familiale ou les systèmes écologiques).
  4. La correction des erreurs épistémologiques
    Selon lui, de nombreux problèmes sociaux et environnementaux proviennent de modes de pensée erronés, notamment la causalité linéaire et le réductionnisme. La fécondation croisée met en lumière ces présupposés et contribue à les corriger.
  5. L’apprentissage à des niveaux logiques supérieurs
    Dans sa théorie de l’apprentissage (Apprentissage I, II, III), Bateson montre que les transformations profondes surviennent lorsque les cadres de pensée eux-mêmes sont remis en question. La fécondation croisée favorise cet apprentissage de haut niveau en confrontant des perspectives hétérogènes.
  6. Portée écologique et éthique
    Pour Bateson, l’absence de fécondation croisée alimente la destruction écologique. Une pensée fragmentée pousse les humains à agir comme s’ils étaient séparés des systèmes dont ils dépendent. À l’inverse, une connaissance intégrée encourage la prudence, l’humilité et la responsabilité écologique.

En résumé, Bateson voit la fécondation croisée comme un principe fondamental d’une épistémologie saine : elle permet de saisir les relations systémiques, d’éviter les pathologies intellectuelles et de mieux comprendre l’esprit, la culture et la nature.

Annexe 2 : Un exemple de charte pour un Habitat participatif

Notre projet est basé sur la confiance réciproque.
La présente charte vise à créer les conditions nécessaires à un vivre  ensemble harmonieux. 

UN CHEMINEMENT

Notre groupe choisit d’élaborer collectivement son habitat, d’en définir la forme juridique pour la propriété et l’usage.

Nous nous inscrivons dans les valeurs citoyennes de notre pays et dans l’ensemble des valeurs suivantes :

ECOLOGIE

Les qualités des constructions et les aménagements visent à l’usage raisonné des ressources de la planète.
Nos pratiques favorisent le maintien de l’équilibre des systèmes naturels.

LE «  VIVRE ENSEMBLE  »

Il conjugue l’expression des choix individuels libres avec une dynamique de mutualisation et de projets communs dans un esprit de convivialité et d’ouverture.

Une attention est portée au respect de la vie privée, de l’espace et de l’identité de chacun. 

SOLIDARITÉ

L’entraide peut se traduire sur différents plans, avec une attention particulière à la dépendance et à l’isolement.

Habiter de manière intergénérationnelle se traduit par le développement de complémentarités tant dans les pratiques sociales que dans la communication.

PRATIQUES DU VIVRE ENSEMBLE

Sobriété-simplicité volontaire

La pratique de la sobriété – faire plus avec moins – se traduit de différentes manières.

Lorsqu’un besoin individuel ou collectif est identifié un temps nécessaire est consacré à trouver une réponse sobre – mutualisation d’équipements, échanges, etc..

La dimension de la sobriété économique se décline dans des pratiques raisonnées de production et d’achats.

Une urbanisation pour le bien-vivre

La conception initiale de l’urbanisation comme son évolution vont dans le sens du bien-être.

Le groupe est maître d’ouvrage de l’aménagement; il devient ensuite maître d’usage sur la parcelle de l’éco-habitat dont il définit le règlement intérieur.

Equilibrer les qualités de l’architecture

Les préférences esthétiques de chacun sont entendues.
L’esthétique d’ensemble est   travaillée collectivement avec l’architecte.

Utiliser des outils pour communiquer et décider

Vivre ensemble en harmonie nécessite des moyens de communication diversifiés permettant à chacun de s’exprimer :

  •  écoute organisée des besoins, des émotions, etc. de chacun.
  • chaque remarque est entendue, l’objection devient proposition.

Afin que chacun puisse s’exprimer, nous utilisons des moyens de communications diversifiés.

Les décisions sont prises par consentement avec un temps nécessaire de maturation.

Dans tous les cas où l’usage de ces outils ne permet pas d’atteindre l’objectif désiré il sera fait appel à un médiateur externe.

Entendre les envies de faire

Les projets des individus et des groupes peuvent recevoir le soutien de l’ensemble du groupe.

S’articuler avec l’extérieur

Le groupe est attentif à la qualité de l’urbanisation et de l’architecture vis-à-vis du voisinage proche.

Dans la mesure de ses possibilités le groupe accueille des initiatives venant de l’extérieur – culturelles, artistiques, sociales, etc.; ceci d’autant plus que ces initiatives sont sous-tendues par les valeurs de la présente charte.

Les habitants participent dans la mesure de leurs moyens au développement local en considérant en particulier les offres de produits et de services de l’environnement proche.

Dynamique de la charte

La présente charte est : 

  • l’ensemble des lignes directrices pour la rédaction des statuts des différentes structures juridiques et du règlement intérieur.
  • la base intangible des pratiques sociales.
  • susceptible de connaître des aménagements nécessaires en fonction de l’évolution des êtres, des lieux , etc..

Un engagement solennel

Chaque membre du groupe s’engage à guider ses actions selon l’éthique décrite dans la présente charte.

Une réflexion sur “Projet collectif : le secret

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